Contrairement à ses voisines Agde, Nîmes ou encore Marseille, la ville de Montpellier ne trouve pas son origine dans l’antiquité mais au cours du Moyen-Age.

 

L’acte de naissance de la ville est daté du 25 novembre 985. Le comte de Melgueil offre alors au chevalier Guilhem un lopin de terre à peine plus grand qu’un hameau.

La dynastie des Guilhem est née et avec elle Montpellier. De 985 à 1141, leurs destins seraient liés.

Si les premiers Guilhem s’affairent à développer le bourg pour en faire une ville cosmopolite et prospère, c’est Guilhem V qui donne une visibilité plus importante à la ville. Il s’illustre tout d’abord lors de la première croisade au côté du comte Raymond IV de Toulouse puis lors de sa bravoure pour mener à bien la Reconquista espagnole.

En plus de l’honneur, des richesses, et des reliques, Guilhem V ramène de ses périples les connaissances du commerce maritime et souhaite faire prospérer son fief grâce à cela. Il construit dès lors un château à Lattes et administre son port pour favoriser le commerce. 

La prospérité de la ville est alors assurée pour des siècles.

 

Toutefois en 1141, l’atmosphère est à la révolte et le peuple montpelliérain se libère du joug de Guilhem VI. La raison ? Au cours des dernières années, une révolte fait rage dans le Languedoc. Elle a pour but d’imposer aux seigneurs locaux la reconnaissance de droits, coutumes et privilèges du peuple par la création d’un gouvernement communal, ce que Guilhem VI refuse.

Il est alors chassé de sa ville et se réfugie dans son château de Lattes ou il somme ses alliés d’hier de venir l’aider. La ville est reprise mais le mal est fait. La dynastie des Guilhem vie ses dernières années.

Paradoxalement aux problèmes politiques, Montpellier vit une véritable période de croissance. Economiquement, la cité prospère. Des marchands viennent commercer des quatre coins de la Méditerranée. Culturellement, Montpellier est à la pointe de l’enseignement. Cela se traduit concrètement par l’installation du l’université de Médecine en 1289. Il s’agit de la seconde université construite au monde et est à ce jour la plus ancienne toujours en activité. D’autres enseignements tels que le droit était également présent en ville dès les années 1180.  Par ailleurs, l’art entre dans la cours des Guilhem grâce à un heureux mariage.  Guilhem VIII se marie avec Eudoxie, nièce de l’empereur Byzantin et grande passionnée des arts.

Et pourtant…

Guilhem VIII mécontent de sa femme pour des problèmes de descendance la répudie. Seule une certaine Marie de Montpellier naît de cette union. Guilhem se remarie avec Agnès de Castille assurant une descendance au seigneur local.

En 1204, une révolte éclate sans que les historiens en connaissent la raison. Le parti d’  Agnès de Castille est expulsé de la ville et Guilhem IX n’a d’autre choix que d’abdiquer au profil de Marie (sa sœur ainée, née du premier mariage de Guilhem VIII). 

 

Toutefois, le Moyen Age reste le Moyen Age et Marie doit se marier si elle souhaite avoir le pouvoir.

Une nouvelle page de l’histoire de Montpellier est en train de s’écrire.  Un changement dynastique, un changement de cap.  Le 15 juin 1204, Marie de Montpellier et Pierre II d’Aragon s’unissent dans l’église principale de la ville, Notre Dame des Tables.

Deux mois plus tard, le peuple présenta au couple sa « Magna Carta » ou Grande Charte. Accepté par Pierre II et Marie, ce texte capital fonde le gouvernement communal de la ville et ouvre la voie vers une émancipation de la ville envers ses dirigeants.

Ces deux évènements amènent l’Age d’Or de Montpellier.

Le mariage entre Pierre II et Marie de Montpellier tourne court puisqu’en 1213 celui-ci trouve la mort lors d’une bataille.  Cependant cette union engendre un enfant, un héritier, un Grand personnage de l’histoire : Jacques 1er d’Aragon dit Jacques le Conquérant.

Le lien qui uni ce grand personnage historique et sa ville natale sont très forts. Il qualifie Montpellier de « meilleur ville de l’univers ». Sous son règne, la ville jouie d’une quasi- autonomie et son attractivité est impressionnante.  La ville quadruple au cours du XIIIème siècle pour avoisiner les 40000 habitants. Elle est ainsi la seconde ville du royaume de France après Paris mais avant Lyon Bordeaux ou Marseille.

 

La première moitié du XIVème siècle est synonyme pour Montpellier de prospérité, de liberté autant sur le plan personnel que politique. La ville se tient loin des intrigues entre les rois de France et d’Aragon  auxquels elle appartient.

En 1349, Jacques III de Majorque est chassé du pouvoir en Espagne par son frère. Pour garder un espoir de reconquérir son trône, il doit lever une armée ce qui est couteux. Il décide alors de vendre Montpellier pour 120 000 écus d’or (environ 14.4 millions d’€ actuel) à Philippe VI alors roi de France.

La seconde moitié du XIV fait traverser des épreuves très difficiles au peuple de France tout comme à Montpellier. Tout d’abord il y eu la grande Peste noire, ravageant tout sur son passage. Elle est à l’origine de la mort d’un tiers de la population de l’Europe. Montpellier n’est pas épargnée et compte jusqu’à 500 morts par jours.( à entendre à ce sujet, le podcast radio clapas). C’est dans ce contexte extrême qu’éclate la guerre de cent ans entre Français et Anglais.

Certes Montpellier se trouve loin des scènes de combats mais sa récente inclusion au royaume de France la contraint à la levée des impôts de guerre. La pression est extrême pour les habitants qui craignent à la fois la maladie mais qui dans le même temps sont incapable de s’acquitter d’une imposition trop forte pour eux. Cette situation a abouti au massacre des collecteurs d’impôts par les habitants de Montpellier puis à l’exécution des leaders de cette rébellion.

Cette rude période de l’histoire dure environ un siècle. En 1440, la ville se relève bien décidée à reconquérir sa gloire passée et se réinstaller dans le commerce maritime mondial.

La présence de Jacques Cœur en ville apporte un nouveau souffle à la ville et à son commerce. Toutefois le contexte a changé et Montpellier ne retrouvera jamais son importance passée. Tout d’abord, Marseille est entrée dans le royaume de France. Dès lors, elle devient le premier port national en Méditerranée faisant de Montpellier un port de seconde zone. Surtout, le commerce en méditerranée lui-même vacille au cours du temps. Les portugais ouvrent des voies maritimes contournant l’Afrique pour se rendre en Asie et les espagnols ne tardent pas à découvrir les Amériques. La place centrale de la Méditerranée dans l’Histoire est en train de changer.

Les Guerres de Religions.1560-1630.

Montpellier se retrouve une nouvelle fois théâtre d’un conflit plus globalisé. Les guerres de religions opposant catholiques et protestants. Durant un peu moins d’un siècle, des périodes de calmes  et de grandes violences se succèdent dans un contexte toujours plus difficile.

Depuis plusieurs décennies, des agitations ont lieu pour désaccord  religieux. Charles IX n’a d’autre choix que d’imposer un édit de Saint-Germain pour tenter de pacifier la situation. Ce texte peut être considéré comme la genèse de l’Edit de Nantes promulgué en 1598. 

Ce texte est fondamental car tente d’apporter une solution pacifique aux troubles religieux en octroyant la liberté de culte et la tolérance dans le royaume de France. Le texte n’a pas eu la portée visée et l’ordre ne revient qu’après une campagne militaire de Louis XIV où il doit notamment assiéger de nombreuses villes. La révocation de l’édit de Nantes  par Louis XIV apporte une conclusion à ce chapitre mouvementé de l’histoire. Elle a pour conséquence de rendre illégale le culte protestant en France ainsi que de pousser à l’exil quelques 200000 protestants (sur les 800000 que comptait le royaume).  Tout comme l’avaient fait les rois catholiques d’Espagne des siècles plus tôt, le roi décide donc de l’exclusion d’une part de sa population. Socialement cette politique est discutable, économiquement, les guerres de religions ont un cout énorme et le royaume aura du mal à s’en remettre.

Sur le plan local, les répercussions de ce conflit sont énormes. Montpellier, qui est une ville cosmopolite, est connu de longue date pour sa tolérance. Le protestantisme  a par conséquent trouvé une place importante en ville jusqu’à devenir un lieu important de cette religion en France.

La ville telle que nous la connaissons aujourd’hui est intimement liée à cette période de violence. Suite aux conflits la quasi-totalité des édifices religieux ont été démolis, rebattis, et cela de nombreuses fois. La cathédrale elle-même a failli disparaitre,  le symbole de la ville, Notre Dame des Tables ne s’en est pas relevé. Les très nombreuses places de Montpellier trouvent leur origine dans la démolition d’un bâtiment religieux.

Le calme ne revient à Montpellier qu’après le siège de la ville en 1622 par le roi de France  Louis XIII.

Les plus grandes épreuves historiques de la ville semblent  à présent passées et Montpellier doit une nouvelle fois se reconstruire, se redéfinir. Hormis une nouvelle épidémie de peste en 1629, la ville connait un siècle et demi de calme relatif souvent loin de l’agitation de la capitale.

La dernière décennie du XVIIIème apporte comme partout une grande excitation. C’est la période révolutionnaire. La prise de la Bastille, la révolte des femmes, l’emprisonnement et la fuite du roi etc.

Comme partout, le Sud de la France est concerné par cet esprit révolutionnaire, des émeutes ont lieux à Nîmes et Uzès par exemple. Montpellier n’y prend pas part car la population subi la famine.

 

Il s’agit de la dernière grande épreuve subie par la ville.

Les périodes de post-révolutions, de révolution industrielle et jusqu’à nos jours se passent sans nouveau coup du sort. La ville connait une croissance avant de s’essouffler peu à peu au cours du XXème siècle au point d’obtenir le surnom de « Montpellier l’endormie ».  Mais les quarante dernières années ont changé tout cela.

 Georges Freche a été l’homme fort de la ville pendant plus de trente ans. Maire de 1977 à 2004 il métamorphose la ville (Antigone, le Millénaire ou Odysseum sont ses œuvres). Elle redevient un modèle économique et retrouve de l’importance grâce aux nouvelles technologies et la place de ses universités.

Montpellier aborde ce nouveau millénaire sous des joyeux hospices. La ville a retrouvé une place de première importance dans des nombreux domaines économiques et universitaires, la croissance est au rendez-vous et de nouveaux habitants arrivent chaque jour. La ville n’est plus tournée vers les gloires passée mais se concentre sur un avenir radieux à portée de main.